03/08/2008
Der
Dix mois se sont écoulés et nous sommes un mois jour pour jour après mon retour. Mes meilleurs amis sont parents. L’un de mes frères devient élève infirmier. Ma petite sœur a ses premiers roudoudous. PPDA a fait ses derniers JT. J'ai repris le boulot. Gana et Souaré viennent d'attaquer leur nouvelle vie sportive à Lille, Pape Alassane au Havre. J'ai un fichier « Diambars » dans mon ordi qui pèse 9 gigas. Les 93 ont remporté un tournoi international en Espagne. J'ai chopé les symptômes du palu sans avoir le palu. Ils ont changé la jolie Cerise de Groupama. Les mois se sont écoulés sans que je traite un tas de sujet. C'est mon dernier texte et je laisse en rade une myriade de posts entamés et jamais finalisés parmi lesquels : le drame « talibés », ces mômes qui mendient pour élever la maison d'un marabout, l’incroyable esprit de clocher des Casamançais, la terrifiante façon de conduire des Sénégalais, un portrait de Jimmy et - que Gauthier m’excuse puisqu’il m’en avait soufflé l’idée – un sujet sur les techniques de drague au Sénégal. J’ai beaucoup de mal à me retourner sur ce que je viens de vivre sans m’appuyer sur des poncifs. Tout le monde me dit : « Alors ? Le Sénégal ? » Et je fais plante verte. Je prends quelques secondes, juste pour répondre : « Très bien! » Et puis le blanc. Qu'ai-je pris ? Qu'ai-je laissé ? Ai-je seulement laissé quelque chose ? Des tee-shirts, ça ne compte pas, même si la moitié est restée là-bas. Est-ce qu'on pense encore à moi ? Est-ce quelqu'un demande : « A-t-on des nouvelles de Thomas ? » Comme lorsque je suis rentré cet hiver, je suis toujours rongé par cette envie démangeante de pourrir les échanges : « Tu sais qu’au Sénégal… » Je me suis dit que je tenterai une fois, juste pour voir si quelqu'un lâchera « Mais tu nous em... avec ton Sénégal. » Et je répondrai : « Baïma* ! Baïma tranquille. » Je reprends ma petite vie en France. Ce n'est pas désagréable. Je ne ressens pas le besoin d'être là-bas au même titre que je n'ai jamais eu le mal du pays quand j'étais à Saly. Je suis – globalement et pour l'instant – beaucoup plus cool, beaucoup plus « Inch'Allah ». Ce n'est pas désagréable. Je suis ravi de pouvoir cuisiner. Riz et oignons sont bannis de mon alimentation. Avec le peu de recul, je revois des images des jeunes souriants, de soirées légères à la loge des gardiens ou des marches au bord de la plage au soleil levant. Des clichés quoi. Des moments où l'on se dit lorsqu'il se produise : il faut absolument que je l'imprime. Manière de ne garder que le positif. C'est un peu facile à dire et pas totalement vrai. Une image d'Epinal me revient, beaucoup moins exotique. Celle d'un enfant d'à peu près cinq ans, sale, mendiant, les mouches autour de son visage. C'était à Mbour, en décembre. La situation du Sénégal – et par extension de l'Afrique – me fait frémir. Sur l'autoroute du monde, les pays occidentaux se trouvent loin devant, roulent en troisième. La Chine, l'Inde et autres pays en voie de développement s'en rapprochent, en cinquième. Et l'Afrique reste loin derrière, en première. A part le prix de l'essence, rien ne semble bien changé en Toubabie. On se rend compte que dix mois ne suffisent pas aux radios pour changer de disques. La mode est toujours aux polos d'universités anglo-saxonnes. Je rentre dans les boutiques et pas un vendeur n'essaie de me faire acheter la moitié du magasin. Bon sang, mais secouez-vous les mecs ! Et Diambars ? J'y suis attaché. Je continuerai forcément à suivre avec un regard familier l'évolution de l'institut, de ses gens et du centre en train de se créer en Afrique du Sud. Que mon histoire recroise un jour celle de cette aventure ou pas. J'aurais aimé écrire plus sur l'institut dans ce bilan. Je n'y arrive pas. C'est comme ça. Un soir, avec Yves, alors qu'on se trouvait dans une rue de Mbour, non éclairée, ensablée, longée de baraques faites de bric et de broc, on essayait de faire mouliner nos consciences. On se disait : « Voilà, on est en Afrique. C'est ça l'Afrique. Ca ressemble à ça l'Afrique. Est-ce qu'on se souviendra ? » Il faut. J'ai rêvé de Saly cette nuit. C'est plutôt bon signe. *En wolof « Laisse-moi »
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05/07/2008
L'oeil du photographe
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30/06/2008
Diambars, le clip
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28/06/2008
Rétro images, deuxième
Deuxième volet de ce retour en images. Cette fois, celle de la rubrique "A la sénégalaise". De la pouponnière de Mbour aux eaux du Sine-Saloum, de l'île de Gorée aux berges du fleuve Sénégal, d'un sourire de gamine à un regard de pêcheur pensif... C'est par ici !
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24/06/2008
Dérapage
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23/06/2008
Rétro images, première
Que ça sent la fin... Il reste une poignée de jeunes au centre : ceux qui passent le bac, ceux qui passent le BEFM et ceux qui partent en Europe à la fin du mois donner le coup d'envoi des tournées. J'ai déjà fait mes adieux à mon lit. Un une place, au sommier très bas, placé sous la fenêtre. Super pour les siestes. Très pratique pour les abdos. Je pouvais caler les pieds avec. Je me suis mis au vert, dans un studio, à 50 mètres de la mer, histoire de terminer sur une note vacancière. J'achète deux-trois bricoles de cadeaux (il n'y en aura pas pour tout le monde). Je vérifie l'heure de vol (le 3 à 11h59, c'est un coup à se planter). Boulot avec les élèves terminé vendredi. Reste à faire pour Diambars : une vidéo, un papier, une lettre d'infos. Que ça sent la fin... Comme si le Sénégal qui gagne cherchait à me dégoûter, histoire de ne pas avoir de regrets, le mois de juin est un emmental de coupures en tout genre. Les premières pluies sont arrivées. Tout devient vert. Partout. Même dans des plaines de sable improbables. Yves avait drôlement raison en me disant qu'avec "de l'eau et du soleil, tout poussait. Pas besoin de plus." Il est réconfortant Yves. Avec lui, rien ne semble bien compliqué, même quand, dans son costume d'infographiste, il parle "flash" et "pop-up". D'ailleurs, il le résume assez bien par cet adage : "On te fait chier avec la vie. Mais la vie, c'est simple." Et voilà ! Tout est clair. Enfin, il m'a aussi dit : "Le Sahara, c'est que du Ricard." Mais ça, je comprends pas... Mais c'est du n'importe quoi. Je rapporte n'importe quoi. Que ça sent la fin... Allez, l'heure des bilans approchant, voici une première rétro photos, celle de la rubrique "Dans la tannière". Bon diapo ! Cliquez ici.
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21/06/2008
Sur le fil, tranquille
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20/06/2008
Recalé !
Post-face : j'ai participé à un concours de reportage organisé par un journal national. J'ai été touché par le syndrôme "Bleus" : recalé dès le premier tour... Merci d'être venu. Après réflexion, je pense être - entre autre - hors-sujet. Si je n'ai pas perdu le fil du libellé ("un
reportage relatant votre immersion dans un univers éloigné,
géographiquement ou humainement de votre environnement habituel
Institut
Diambars, Saly, Sénégal. 88 adolescents souhaitent réaliser une carrière de
footballeur. Immersion dans le centre créé par Patrick Vieira, Bernard Lama,
Jean-Marc Adjovi-Boco et Saër Seck, où naissent et grandissent les espoirs
d’une jeunesse africaine
Diambars, l’équipe espoirs
« Allo
Jimmy, vous auriez besoin de quelqu’un comme moi au Sénégal ? » Jimmy,
c’est Jean-Marc Adjovi-Boco, directeur de l’institut Diambars. L’institut
Diambars, c’est un centre de formation. Attention, pas un élevage de
footballeurs. Là-bas, on prône de « faire du football passion un moteur de
l’éducation ». Jimmy : « Ca, oui. On aurait besoin d’un profil comme le
tien, notamment pour mettre à jour le site internet et participer aux travaux
de la classe multimédia. Mais on n’a pas d’argent… » «- Pas grave, je ne
cherche pas à en gagner. » En échange, d’un lit, de trois repas, du lavage
de mes draps et d’un aller-retour Paris-Dakar, va pour une année scolaire
2007-2008 à Saly.
Diambars,
c’est le centre créé il y a cinq ans par Patrick Vieira, capitaine de l’équipe
de France d’origine sénégalaise, Bernard Lama, ancienne gloire du
Paris-Saint-Germain, Jean-Marc Adjovi-Boco, latéral gauche emblématique du RC
Lens des années 90 et Saër Seck, numéro 2 du Comité de normalisation du
football sénégalais chargé de la refonte de la fédération. Diambars, cela veut
dire « champion » en wolof. C’est un petit monde qui sent le neuf, dans
de vastes bâtiments aux murs crème et aux tuiles rouges, à la sortie de la plus
importante station balnéaire du pays, 80 kilomètres au sud de la capitale. Une
sorte de boule en verre dans laquelle on a glissé des morceaux de Sénégal. Pour
le tourbillon de neige, on a pris des ballons et pour personnages, 88 apprentis
footballeurs sénégalais des rêves pleins la tête. Ils viennent de Dakar, Saint-Louis,
Ziguinchor, Tambakounda, Kolda, Diourbel… Aujourd’hui âgés entre 15 et 19 ans,
ils ont rejoint ce sport-études à l’âge de 13 ans.
Comme dans le
reste du Sénégal, on se sert la main six fois par jour, on termine nos phrases
au futur par « Inch’Allah », on avale pendant des heures du thé à la
menthe aussi chaud que l’harmattan (le vent venu du désert), on ne voit pas une
goutte de pluie du mois de novembre au mois de juin, on a cette fierté d’être
africain, on fantasme sur l’Europe, on se demande souvent comment ça va (en
wolof, naturellement), on répond « Sénégalaisement », manière de dire
que ce n’est pas facile mais qu’on garde le sourire. Et puis on se sert du
matin au soir de gros bols d’espoirs. Le soir, les jeunes se branchent sur
Canal + Horizons et se gavent jusqu’à saturation d’images de leurs modèles évoluant
en Europe : Mamadou Niang, Didier Drogba, Samuel Eto’o. Ils imaginent leur
vie de château. Ils crient au génie quand Mickaël Essien réalise un bête extérieur
du pied droit. Et quand 14 heures d’entraînements hebdomadaires les ont
littéralement assommés, ils se voient gagner la Coupe d’Afrique et la Coupe du
monde. C’est cliché mais j’ai entendu Gana le dire dans un reportage diffusé en
2005 sur TF1.
93% de recalés en moyenne
Parce qu’il y
a plusieurs divisions entre le rêve et la réalité, leurs encadrants leur
rappellent plusieurs fois dans l’année les chiffres : en moyenne, seuls 7% des
joueurs formés dans un centre touchent au but. Les autres doivent trouver une
autre voie. C’est notamment en partant de ce constat que l’institut, labellisé
par l’Unesco, insiste sur l’enseignement scolaire (70% du temps de formation a
lieu en classe) et écrit en gros sur ses cars « Devenir champion de football et
champion de la vie ». Les stagiaires l’entendent. Ils hochent la tête
d’approbation : « Oui m’sieur, pas de problème, message reçu. » Le hic :
« Ils sont 100% à être persuadés de faire partie des 7% », constate Iba
Diagne, le surveillant général.
Et si ?
Et si tu n’y arrives pas ? Si tu ne gagnes pas ta croûte en tapant dans un
ballon ? Que vas-tu faire ? Khassim, promotion 1991 : « Mais
quelle importance ? Je serai footballeur » OK ! Mais sinon ? L'un d'eux m’a rapporté qu’on leur avait un jour posé la
question par écrit, histoire d’envisager le plan B : « J'ai mis
maître-nageur… » « - Ah oui ?! Tu aimes ça, nager ? » « -
J’en sais rien, je ne sais pas nager. » Au moins de mai, la moitié des
32 sortants sont partis en France faire des tests. Trois ont signé. La règle
des 7% est respectée. Gana en fait partie.
La prise en
charge est totalement gratuite. Fait rare en Afrique : ils disposent de
terrains synthétiques. Après leur formation, l’institut s’engage à les
accompagner encore cinq autres années, que ce soit sportivement, scolairement
ou professionnellement. Mais seule l’option sportive les emballe. Ils savent
qu’ils ont une carte à jouer. Ils ont peur de la gâcher. Alors certains
abordent chaque entraînement avec l’énergie du finaliste : « Ce qui est
difficile dans la vie, c’est de ne pas savoir où tu vas aller », me
confiait-on au mois de janvier. « On ne sait pas ce qu’on va
faire à la fin de l’année. Souvent le soir dans ma chambre j’y pense et je
n’arrive pas à m’endormir. » Cinq fois par jour, il prie Dieu de
l’aider à réussir. Il entonne les chants optimistes de Youssou Ndour, la
mégastar du pays, et laisse le naturel reprendre le dessus : il arbore un
large sourire, réalise l’échauffement d’avant match en chantant et arrose le
centre de grands éclats de rire. Comme ses 87 copains.
Les stagiaires
portent leurs rêves de gosse et de chouettes tenues Adidas, le principal
partenaire de Diambars. Mais trois bandes ne cachent pas toutes les réalités. Leurs
poches débordent des espérances de la famille. Au Sénégal, crise alimentaire
oblige, le prix des denrées a fait un bon terrible, notamment l’huile et la farine.
En quelques mois, le sac de riz est passé de 9000 F CFA à 18 000 F CFA. C’est
énorme alors que la plupart des salaires dépassent péniblement les 70 000
F CFA, soit un peu plus de 100 €. Sur les fiches de suivi médical, on peut voir
qu’après seulement deux semaines de vacances dans leur foyer, certains joueurs perdent
jusqu’à 5 kilos. « Un midi, j’en vois un, seul, au réfectoire »,
raconte un éducateur. « Je vois son assiette et je lui dis,
histoire de parler : « Eh bien, tu as un sacré appétit
aujourd’hui ! » Et là, je le vois fondre en larmes. Je vais le
trouver, en lui demandant : “ Qu’est-ce que j’ai pu dire pour te
mettre dans un tel état ? ” Il m’a répondu qu’il avait eu honte de se
servir une telle assiette alors que sa mère et ses frères devaient,
probablement, ne pas manger ce midi, comme tous les midis. »
« Que devient Aly ?»
Diambars,
c’est une boule qui brille notamment grâce à l’éclat de ses fondateurs. Dans la
rue, les gens interpellent les jeunes. Dans la presse sportive aussi. Fin mai,
dans la rubrique Courrier des lecteurs, un pharmacien demandait : « Que
devient Aly Ly, stagiaire de l’institut Diambars ? » comme on
demanderait des nouvelles d’une star à la retraite. Aly est un joueur comme les
autres. Aly fait comme ses copains - il s’entraîne et il apprend -, sauf qu’il
est passé à la télé. Parce que c’est ancien talibé. Le mot désigne dans son
acceptation générique l’élève d’une école coranique. Mais au Sénégal, elle
s’applique essentiellement aux enfants mendiant au profit d’un marabout. Ils
sont des milliers : « J’étais à Mbour, dans une famille qui me
donnait souvent à manger. La télé était allumée et on parlait d’une école de
foot qui allait bientôt ouvrir. Le monsieur m’a dit : “ Toi, tu
aimes le foot Aly, pourquoi tu ne vas pas faire les tests ? ” »
Aujourd’hui, Aly aime les langues, il aime le Coran, il aime les « Yeux
dans les bleus », le documentaire de Stéphane Meunier relatant l’épopée
98, il aime entendre parler Aimé Jacquet.
Quand le
président Abdoulaye Wade parle du football sénégalais (mis à mal depuis l’échec
retentissant lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations, en janvier au
Ghana) comme d’une affaire d’état, il dit souhaiter le « voir
renouer avec le Sénégal qui gagne ». Marrant. Le « Sénégal qui
gagne », c’est une expression employée par un copain taxi ivoirien, venu
comme beaucoup de ses compatriotes au pays de la Teranga
(« l’hospitalité » en wolof)
pour fuir la crise en 2002. Il l’utilise pour désigner tous ces petits
dysfonctionnements qui plombent le quotidien : coupures d’eau ou
d’électricité, médicaments contrefaits, lampadaires installés
mais non utilisés... Alors je
croise les doigts pour voir les Diambars donner du sens à l’expression,
la débarrasser de toute ironie. Qu’ils gagnent. Même à leur petit niveau, que
ce soit sur ou en dehors des terrains de foot. On s’en fout.
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18/06/2008
Le 13 porte-bonheur
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16/06/2008
L’art vise-t-il à imprimer en nous la liberté ou la contrainte annihile-t-elle en nous des sentiments ou quelque chose comme ça ?
« La
contrainte annihile-t-elle la liberté ? »
« L'art
vise-t-il à imprimer en nous des sentiments ou à les exprimer ? »
Je me trouvais jeudi midi dans un lycée de Mbour à la sortie
de l’épreuve. Avec Jean-Luc, on était surpris de voir comme tous semblaient
terriblement cool peu après avoir rendu leur copie. A deux exceptions près,
tout le monde portait la banane, discutait en cercle comme s’il s’agissait
d’une matinée tout ce qu’il y a de plus banale. J’adore cette façon qu’ont les
Sénégalais de prendre les choses avec philosophie, même quand ils doivent se
prendre la tête avec.
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